Samedi l’équipe de Xavier a équipé l’aven Noël: ce dimanche c’est à Boris, Thomas et moi de le visiter et le déséquiper.
Nous trouvons facilement l’accès et entrons dans l’étroite fissure vers 11h30.
Les puits s’enchainent rapidement. Dans le vertigineux P90, même à vitesse modérée le descendeur chauffe si fort que je dois le lâcher, la rare humidité de la corde se met à bouillir sur mon descendeur qui fume; je crains un moment que la corde ne brûle mais non, j’arrive entier au pied de l’immense salle.
Nous suivons les principales galeries, vastes, abondamment concrétionnées, magnifiques. Succession de gours aux murailles d’argile, impressionnant pilier stalagmitique, excentriques, fistuleuses, cierges, choux-fleurs, aiguilles, fleurs de gypse, méandre avec un squelette de chauve souris fossilisé: on en prend plein la vue.
Il y a du CO2: Boris et Thomas se sentent essoufflés, j’ai un léger mal de tête.
Boris appréhende la longue remontée, il craint de retarder l’expédition, et entame la première partie en fil d’araignée en ahanant. Mais il s’est sous-estimé et enchaine les fractios sans trop de difficultés. Je le suis; Thomas ferme le bal en déséquipant. Le retour nous paraît à tous bien moins pénible que supposé.
Nous sortons à 16h15 sous un soleil de plomb; les derniers mètres ont été un peu difficiles pour moi à cause d’un mal de tête carabiné et de hauts-le cœur peut-être dus au CO2 ? Puis nous allons laver les cordes vers Saint Martin et prenons le chemin du retour.
Du coté des gours j’ai vu au sol des filaments de champignons, et à coté un minuscule (2 mm) cloporte tout blanc qui gambade. Je montre sa photo à Josiane qui identifie un habitué des cavernes: Oritoniscus virei. C’est un crustacé (corps mou recouvert d’un squelette externe) isopode (toutes ses pattes sont identiques; 7 paires en l’occurrence) qui se nourrit des champignons poussant sur le guano de chauves-souris. Sa couleur blanche vient de son mode de vie troglobie (= inféodé au milieu souterrain).
Quelques précisons géologiques sur l’Aven Noël:
La roche dans laquelle se trouve l’aven Noël est qualifiée de « faciès urgonien » : du calcaire récifal (composé de restes de coraux principalement ) déposé lors de période où le climat était tropical et la mer dominait la zone. L’aven de Noël est relié par des galeries immergées et émergées au réseau de Saint-Marcel, dont plus de 50 km de développement ont été explorés à ce jour.
Au cours des 5 à 6 Ma ( = millions d’années) passées, le détroit de Gibraltar s’est fermé puis ré-ouvert. Pendant la période fermée, coupée de l’Atlantique, l’eau s’est évaporée (apports << évaporation) et le niveau de la méditerranée s'est considérablement abaissé, induisant l'incisions de canyons majeurs, comme l’Ardèche, et abaissant les niveaux de base. Puis la mer est remontée et avec elle les niveaux de base, immergeant les canyons et réutilisant les réseaux souterrains, mais du bas vers le haut. Les phénomènes karstiques habituels (l'eau pluviale qui creuse les sédiments calcaires) ont ensuite achevé de sculpter les grottes ardéchoises, emportant l'argile qui avait bouché les conduits, ne laissant que les sédiments argileux rouges bruns qui colorent la partie basse de la plupart des galeries de l'aven Noël.
Le réseau de Saint-Marcel se répartit en plusieurs niveaux plus ou moins horizontaux: des niveaux immergés jusqu'à 120 m sous le niveau actuel de l'Ardèche et 2 niveaux fossiles au dessus du niveau de l'Ardèche: le niveau intermédiaire qui est celui notamment des galeries de l'aven Noël (altitude 130 m), et quelques galeries supérieures. Ces galeries traversent allègrement les plis du massif sans les suivre. Des fragments de stalactites de Saint-Marcel sont étudiés par des chercheurs: leurs cernes de croissance montrent qu'elles se sont constituées lors d'une période allant d'il y 400 000 ans à… 2000 ans.


















