Les Lips ont finit leur inventaire de la faune souterraine du Rhône, mais comme c’est les Lips en réalité ils n’ont jamais finit. Par un dimanche ensoleillé ils m’entraînent avec Jean-Philippe Degletagne, un ancien spéléo mais nouveau Vulcain, dans une ancienne carrière à sable à Toussieu, au Sud Est de Lyon.
Les Lips ont déjà fait l’inventaire de cette carrière, en particulier au pied de 2 puits d’aération par où quelques végétaux et insectes tombent parfois. La faune y est très riche et variée. Ils veulent voir si cette faune est stable, et donc si une partie des insectes s’est acclimatée et se reproduit désormais sous terre.
Jean-Philippe est un spécialiste de la reconstruction virtuelle en 3D des cavités. Avec sa société Éléana SASU il traite les photos de grottes ou de carrières de manière à en créer un « jumeau numérique » immersif, visitable avec ou sans un casque à réalité virtuelle, avec ajout d’informations accessibles pendant la « visite ».
Il développe un partenariat avec la startup » VR2planets » et un labo de recherche qui lui est associé.
Il a pris une caméra qui ressemble un peu au sabre laser de Darkmaul dans Starwars et veut faire des tests en situation de surface un peu uniformes (vidéo de la modélisation du petit bout de galerie qu’il a réalisé à Toussieu..)
Après une petite demi-heure de route nous retrouvons le Triton (il en faut..) Jean Philippe Grandcolas et sa femme, qui ne descendront pas avec nous mais nous accompagnent à travers champs et ronces presque jusqu’à l’entrée.
Nous parvenons sur la partie haute d’un bosquet. Un puits tout en terre, d’un diamètre d’une dizaine de mètres et d’une profondeur du même acabit nous mène à l’entrée de la carrière souterraine abandonnée.
La carrière est composée de couloirs en sable ocre durci, avec de-ci de-là quelques piliers en briques et murs en parpaing. Le développé n’excède pas quelques centaines de mètres. Quand on touche une paroi ou le plafond ils s’effritent, pourtant l’ensemble de la structure semble tenir ferme.. Deux puits de ventilation avaient été créés lors de l’exploitation. Ils sont désormais plus ou moins fermés mais laissent passer un peu de végétation et quelques insectes.
Bernard va s’installer sous l’un d’eux et ne décollera pas du sol pendant presque 2 heures. Avec Josiane j’essaie d’utiliser ma caméra thermique: elle fonctionne bien, mais présente peu d’intérêt à ce stade. J’essaie aussi d’utiliser le microscope qui se branche sur mon téléphone. La mise au point est difficile, mais disons que c’est un premier essai.
Je retrouve Jean-Philippe, tout recroquevillé avec son sabre laser, en transe devant des racines qui émergent du plafond.
Enfin je rejoins Bernard, au fin fond de la carrière. Il me montre quelques uns des innombrables insectes qui pullulent au sol: isopodes (crustacés sans carapace avec 7 paires de pattes semblables, type cloporte), diplopodes (mille-pattes ayant 2 paires de pattes par segment), chilopodes (mille pattes avec 1 paire de pattes par segment), araignées…
Bernard s’extasie: il a trouvé beaucoup d’insectes semblables à ceux que l’on trouverait en surface, sauf que dehors le froid les a tués, tandis que sous terre ils sont bien vivants, « alive and kicking » comme chantaient les Simple Minds. Cela signifie que des colonies se développe désormais en autonomie sous terre.
Nous prenons quelques photos, aspirons au tuyau-à-bouche des insectes et araignées pour enfourner les malheureux dans des tubes, et prenons le chemin du retour.
C’est ma première sortie de « bio » avec les Lips dans une cavité qui n’est pas une grotte.
Pour les curieux, quelques précisons géologiques sur les causes de la présence de ce sable et de sa structure à coté de Lyon:
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La carrière souterraine de sable de Toussieu se présente sous la forme de galeries creusées jadis par les exploitants. Le sable était extrait puis commercialisé. Ces galeries sont localement consolidées par quelques piliers et murs. Quand on touche les murs et plafonds ils s’effritent, pourtant on circule en sécurité sans effondrement. Cet environnement souterrain est complètement différent de nos karsts habituels. D’où vient ce sable ? Pourquoi ne s’effondre t’il pas sur nos amis biologistes ?
Sous l’effet de la tectonique des plaques, il y a 100 millions d’années la plaque africaine commence à entrer en collision avec la plaque eurasiatique. Près de chez nous cet épisode culmine entre -35 et -5 millions d’années avec la « surrection des Alpes », soit le soulèvement du massif alpin. Ce soulèvement continue aujourd’hui mais beaucoup plus lentement..
Cette surrection a fait ployer la croûte terrestre au pied des Alpes, créant des dépressions, sortes de vastes cuvettes appelées ‘bassins d’avant-chaîne’, comme celui situé entre les Monts du Lyonnais et le Vercors, où se trouve la commune de Toussieu.
Au fil du temps l’érosion dégrade les sommets alpins. Les détritus sont entraînés par les glaciers, le vent et l’eau dans ces « bassins d’avant chaîne ». Il s’agit surtout de sables, de grès, d’argiles et autres minéraux.
Lentement, sous l’effet du poids des couches supérieures, les sédiments sont comprimés, ce qui réduit les espaces entre les grains. Des minéraux (comme la silice, le calcaire ou l’oxyde de fer) précipitent dans les pores entre les grains, agissant comme une « colle » naturelle qui solidifie l’ensemble. On appelle ce processus la lithification et cette roche de la « Molasse ». C’est cette molasse, durcie mais pas trop, riche en sables fins, qui est creusée à Toussieu pour en extraire la silice qui servira à la construction.
Quand on touche les parois de la carrière souterraine elle s’effrite, mais les murs et plafonds restent toutefois relativement solides à cause de ce processus ancien de lithification.
Participants à l'activité
Josiane L.












