Défi lancé en début d’année pour les 50 ans d’un ami (Mick) ce qui tombe bien avec mes 60 ans. Un 3eme se joint à la fête : Franck avec qui j’ai couru la PTL en 2015.
Ayant déjà parcouru le GR du nord au sud ( 80% des gens le font dans ce sens) avec Judith, en 2 x 1 semaine, j’organise le parcours du Sud au Nord (pour changer) et réserve bateau et gîtes dés l’ouverture du site fin janvier car je sais que ça se remplit vite. Mick ne veut pas prendre plus d’une semaine de congés et je décide (un peu vite!) de programmer l’intégrale sur 7 jours sachant qu’il y a 16 étapes et que j’avais déjà testé avec Judith la possibilité de doubler sur la partie sud. Le « chemin » relie le village de Conca au sud-est à celui de Calenzana au nord-ouest. Il fait un peu plus de 180km pour 12 000m de dénivelé positif (D+). Après avoir lu quelques CR de gens l’ayant fait en mode ultra trail et certainement trop confiant sur nos capacités je prévois un découpage 1+1+2+3+3+3+2+1 : c’est une bêtise car les triplettes tombent sur des parcours trop techniques pour être réalisés dans la journée avec un sac de 10kg ! Au final nous ferons 1+1+2+3+3+2+2+2 et non sans mal!
Sur le GR20 les résas se font via le site du parc national, en plus de la nuitée (20€/personne) on doit réserver dortoir (à éviter/puces de lit), emplacement de tente ou tente pour 2 avec matelas (18€/tente). Nous choisirons cette dernière option pour gagner du temps et du poids. On ne peut réserver le diner que sur place avant 18h pour le soir même. Les refuges sont tous équipés d’un coin cuisine avec eau, vaisselle et gaz gratuits. Nous partirons avec 3 lyos chacun et je déposerai une recharge de nourriture à mi parcours cet été (je vais régulièrement en corse où j’ai un pied à terre dans le cap)
Pour faire économique je prends un AR piétons Toulon Bastia en bateau et nous laisserons la voiture dans un parking à Toulon. Si c’était à refaire je prendrais un bateau pour Porto-Vecchio et repartirai de Calvi (ou île Rousse).
PRELUDE : Lyon-Conca
Après s’être retrouvé chez Mick le dimanche 30 vers 11h nous fonçons joyeusement vers Toulon (ma ville de naissance) où malgré une reconnaissance de plaque réticente nous finissons par garer la voiture au parking du port. On ne garde que nos affaires de rando. Entrée piéton rapide et direction notre cabine. Couloirs à la Shining, déco rouge et faux hublot mais c’est le luxe!
Superbe coucher de soleil sur le pont arrière en sirotant la bouteille de Franck dans des verres généreusement fournis par le bar, puis dodo jusque Bastia, réveil « Walkyrie » à 5h30 (!) et arrivée à 7h le lundi.

Une rapide visite du vieux port de Bastia et nous sautons dans le bus pour Porto Vecchio où nous avons réservé une nuit en auberge de jeunesse. J’en profite pour leur faire découvrir à une heure de bus d’ici une des plus belles plages de la côte : Palombaggia. Plage bondée évidemment, petite trempette sympa.

le soir visite de Porto Vecchio, excellent poulpe grillé et glace sur le vieux port, quelques achats pour manger le lendemain, nous prendrons la première navette pour Conca demain matin à 10h. Pendant la nuit ,et malgré les mises en garde répétées de la gardienne, Franck réussit à s’enfermer dehors en allant pisser et c’est Mick qui fera le portier à 3h du mat, réveillé par les grattements de la porte.
ETAPE 1 : CONCA-PALIRI, 14km, 1200 D+, 400 D-
Arrivé à Conca à 11h la température est déjà très élevée. On passe quelques minutes à récupérer des trucs dans la benne à bâtons (les gens les abandonnent en fin de course, cassés ou pour pas payer les frais de soute en avion)
Chaleur de fou sur cette première montée en sous bois, je suis déjà dégoulinant de sueur après 20 minutes. Devant avec Mick on croise un gars torse nu, allongé, pouvant à peine parler , quelques centaines de m sous le refuge, plus haut son frère Jaï redescend avec 1 canette fraîche pour le retaper. On sympathisera rapidement et on le retrouvera à chaque étape jusqu’à la fin. Le frère lui n’ira pas plus loin. Le refuge se trouve juste sous la falaise percée du fameux « trou de la bombe » de Bavella. En attendant toujours pas de Franck? on commence à s’inquiéter et on s’apprête à descendre le chercher quand il apparait enfin : victime de la chaleur il a été pris de violentes crampes sur les 2 faces de chaque jambes et s’est retrouvé au sol sans pouvoir bouger ni même envoyer un message par téléphone (de toutes façon on était en mode avion…) heureusement il a fini par pouvoir repartir tout seul. Une bonne douche (on en prendra une tous les soirs) , un apéro sur une dalle face à la vallée, les lyos et des discussions avec des gens qui finissent et nous font peur sur la difficulté des étapes à venir. Sommeil agité , un groupe de filles n’arrêtant pas de rire bêtement toute la nuit dans les tentes voisines… et non c’était pas parce qu’on les chatouillait. Réveil tardif à 7h avec objectif la variante alpine de Bavella. Superbe lever de soleil.

ETAPE 2 : PALIRI-ASINAU, 14,5 km, 1300 D+, 800 D-
Petit dej en terrasse au col de Bavella, jardinage pour trouver la variante alpine, premières grimpettes, chaîne, rencontre de Louis, sympathique retraité qui semble perdu et tourne en rond , nous l’aiderons à descendre les chaînes ce qui semblera avoir été l’exploit de sa vie! Mick est en pleine forme il est loin devant et sautille comme un chamois jusqu’à Asinau sorte de refuge Himalayen en plein cagnard avec une gardienne taouée bronzée , un cheval qui se balade au milieu des tentes et ces dernières sur pilotis vu la pente. Excellent repas au gîte (salade de riz, saucisses lentilles)
ETAPE 3 : ASINAU-USCIOLU-PRATI, 28km, 2300 D+, 2000 D-
On attaque le sérieux! départ tôt par la variante du GR initial en évitant Matalza, on monte vers un sommet sous la lumière du soleil levant , on croise un groupe de jeunes filles sorties d’on ne sais où avec des sacs légers et qui plaisantent avec Mick, petite frayeur avec un randonneur qui se penche vers le vide pour rattraper un emballage qui s’envole, on double deux jeunes osteos du Morvan qui font aussi le même sens que nous (les premières avec Jaï). Le parcours se fait en crête au grand bonheur de Mick.

Lors d’une pause Mick s’aperçoit paniqué qu’il a perdu sa gourde filtrante, échappée d’une poche latérale qui n’était pas fermée, il pose son sac et fait demi-tour…Quelques 20 minutes d’attente plus tard je fais remarquer en plaisantant à Franck que sa gourde traîne par terre à nos pieds et c’est en voyant sa mine déconfite que je comprends tout de suite que c’est celle de Mick qui est sous nos yeux depuis le début! Evidemment une gourde grise sur de la roche grise… Paysage bucolique sur la variante et soudain on retrouve le GR et la foule. Arrivée au refuge d’Usciolu pour le dejeuner, vrai épicerie où on prendra quelques fruits. Arrêt bref car on double les étapes , reprise des crêtes jusque Prati, assez technique, Franck est dans le dur il a l’estomac barbouillé, une fin roulante sur un très joli sentier que l’on voit de loin. On retrouve Jaï dans la file d’attente des douches (en moyenne 2 ou 3 douches par gîtes seulement et qui ferment à 20h) Vue sur la mer et les villages en contrebas. On loupe le repas et on se rabat sur les lyos.
ETAPE 4 : PRATI-VERDE-CAMPANELLE-VIZZAVONE, 37km, 1400 D+, 2100 D-
Première grosse étape qui nous vaut un départ à 5h, on alterne sous bois, torrents (avec des truites!) , passerelles himalayennes. A Campanelle, sous un soleil de plomb, un bulldozer en plein travail nous ramène brutalement à la civilisation, je mange une salade piémontaise que je regretterai toute l’après midi. Jaï arrive quand on part. Il fait très chaud, je me sens fatigué et barbouillé , je ralentis le groupe mais continue à avancer, Jaï nous rejoint et nous double, Dans la forêt de Vizzavone on jardine au GPS pour dépasser le village et trouver l’hôtel Monte d’Oro où j’ai réservé. Je vomis plusieurs fois et collapse complètement à quelques centaines de mètres de l’objectif. Les copains devront me soutenir et porter mon sac jusqu’à l’hôtel. Je soupçonne une insolation et vais me coucher sans manger, on récupère la boite avec le ravito que j’avais laissé en dépôt cet été. Les vieilles patronnes sont au petits soin pour nous et un guide local nous donne de précieuses indications pour la suite de notre programme. Après des discussions sans fin nous décidons de tenter quand même la grosse triplette du lendemain sachant qu’on pourra disposer d’une option selon le rythme d’avancée à la deuxième étape. Je passe une bonne nuit dans des vrais draps.
ETAPE 5 : VIZZAVONA-ONDA-PETRA PIANA-MANGANU, 31 km, 2800 D+, 2300 D-
Réveil 4h30 , je me sens d’attaque bien que rien dans le ventre. C’est roulant jusque Onda, vasques, baignades pour faire redescendre la température, jaï nous rejoint et nous redépasse. Onda n’est pas super accueillant, plus rien à manger : les 2 derniers sandwiches nous passent sous le nez. On prend glace et coca et on repart. Arrivée 15:00 à Petra Piana, on est en avance sur les estimations, steak frites omelettes coca, je me suis refait une santé. On repart à 16:00 avec la ferme envie de terminer à Manganu. Belle route au dessus de la restonica, que je connais très bien, avec plein de souvenirs de famille rattachés aux lacs que nous surplombons (rinoso, mello, capitello), je me sens en forme. On croise 2 « doyennes » dans la descente technique, l’une d’elles fond en larme quand on lui annonce encre 2 h avant le refuge. Coucher de soleil magnifique sur fond de lames effilées. Choucas au col de Forte.

Arrivée tardive à la frontale vers 22h à Manganu. Accueil super et même douche chaude avec jetons offerts. Apéro Ricard pompote de Franck pour un gros dodo : triplette réussie en 14h! Décision de tout doubler jusqu’à la fin en se laissant une chance de terminer en 8 jours. Tant pis pour le décalage des résas de refuge.
ETAPE 6 : MANGANU-CIUTULU DI MORI-TIGHIETU, 33 km, 1850 D+, 1850 D-
départ 5h, 2 bergeries proposent le gîte entre Manganu et le lac de Nino, à savoir pour une prochaine fois. Chevaux sauvages, grimpette au dessus du lac avec le méga cairn emblématique.
Vue sur Porticcio côte ouest, marches en pierre, bon rythme, on croise plein de gens qui vont au Nino sur la journée (c’est le week-end). Repas au resto self du col de Verghio en avance sur le programme : on sait d’ores et déjà que c’est gagné! Vasques de rêve sous Paglia Orba. Montée de la mort vers le refuge, pause rapide et on repart. Au bout de 500m Franck s’aperçoit horrifié qu’il a perdu son tel! Comme Mick pour sa gourde il pose son sac et rebrousse chemin pour le chercher. Une demie heure plus tard il revient dépité et bredouille, le gardien très sympa du gîte a donné ses coordonnées au cas où quelqu’un le ramène. On retrouvera le téléphone le soir au déballage des sacs….tombé et resté miraculeusement dans une crocs pendue sur le côté! On retrouve Jaï installé dans une auberge privée sous le refuge. Nous on monte avec l’espoir de récupérer la nuit payée au refuge suivant comme on nous a dit que cela se faisait fréquemment. Accueil détestable à Tighiettu, on doit repayer pour les nuitées et les tentes la nuit déjà payée au refuge suivant…Attente douche interminable et rien à bouffer, on se rabat sur les lyos.
ETAPE 7 : TIGHIETU-ASCO-CARUZZO, 15.5 km, 1700 D+, 2100 D-
Lever 4h30, Montée de la mort à la frontale pour éviter la chaleur, descente interminable autour du Cinto, beaucoup de monde. La combinaison altitude + chaleur est éprouvante pour moi. Je traîne lamentablement , je me connais et je sais que j’ai besoin d’un sieste de 20 min pour me refaire mais je n’ose le demander aux deux autres , finalement j’impose en quelque sorte ce petit temps de repos prés d’un étang boisé ce qui me permettra de repartir regonflé à bloc. Arrêt avant Asco qu’on pensait plus loin, achat de pâtes et de soupe pour ce soir. Le timing est plus que correct et nettement inférieur aux prévisions du guide de Vizzavone. On décide à l’unanimité de continuer sur le GR sachant que c’est à Asco qu’on aune option de raccourci vers Calenzana par la forêt de l’Incudine. C’est là qu’on voit l’avantage d’être en équipe, ca vous tire vers le haut aussi! si j’avais été seul je pense que j’aurai passé l’après midi dans les vasques, la nuit à Asco, le lendemain à manger des glaces à Calvi et le surlendemain des glaces à Bastia! On reprend la route. Super accueil à Caruzzo où cette fois ci le responsable ne fait aucun soucis pour transposer notre nuitée. Jaï ,qui est arrivé avant nous ,nous rejoint tandis qu’on fait la sempiternelle queue pour les douches. Excellente surprise culinaire du combo pâtes + soupe.

ETAPE 8 : CARUZZO-ORTU-CALENZANA, 21 km, 1300 D+, 2300 D-
Très technique comme prévu, chaînes, escalades, désescalades, croisement fréquents de groupes, multiples cols…du 1 km/h est standard, le nord porte bien sa réputation! Arrivée à Ortu pour le déjeuner on oublie de faire le plein d’eau à la source 200m avant et 50 m plus haut que le refuge, ça a l’air de rien mais devoir remonter fut moralement terrible. Jaï nous attendait pour un dernier salut. On se prend une bonne omelette panzetta, un coca et un café. Puis c’est la descente interminable mais assez roulante vers Calenzana. Mick est un peu barbouillé et a choppé la gastro. On apprendra par les réseaux qu’une épidémie semble sévir sur le tronçon. Vers 16h enfin c’est fini, on entre dans Calenzana par un chemin bordée de pierres, puis on voit le clocher et les premières maisons : on a réussi!

RETOUR : CALENZANA-CALVI-BASTIA-TOULON-LYON
Taxi de Calenzana à l’auberge de jeunesse de Calvi avec un diner avec vue incroyable sur la baie. On se creuse les méninges pour trouver un moyen économique de rejoindre Bastia le lendemain pour notre bateau de 20h. Le train que j’avais prévu arrive une demie heure avant le départ du bateau, c’est trop risqué. le seul autre part à 7h, le seul bus idem, c’est trop tôt, on a besoin de se reposer. Finalement la solution sera de louer une petite fiat 500 électrique à l’aéroport de Calvi où nous nous rendrons en taxi puis de la rendre a Bastia centre, en face du port. Tout compris moins de 150 € à 3! Rassurés nous visiterons Calvi et sa forteresse le matin avant de prendre la route (2h + 1h bouchons), pour Bastia. Bon repas corse (Coppa + Brousse + Vin) sur le pont arrière, on refait le monde jusqu’à 1h du mat en dégustant du rhum avec un personnage atypique qui nous raconte des histoires incroyables du monde de la jet set. Fin de l’aventure et des rêves plein la tête!

Participants à l'activité
Frédéric A.