Galerie du Fakir (CP7) et V4

du 01/10 au 03/10/2025 | Samoëns (74 - Haute-Savoie) | France

Comme vous le savez déjà, Alex est en train de faire un doctorat à Innsbrück en Autriche sur les paléo-climats alpins, et il a déjà quelques données sur le Jean-Bernard. Nous avions repéré il y a deux ans un superbe plancher de calcite à échantlillonner (prédaté de MIS12 à MIS14 ; MIS m Marine Isotope Stage, ce sont des repères temporels classiques en paléoclimatologie, et plus le nombre est grand, plus le repère est vieux). C’est ce qui avait motivé notre sortie cette semaine. Sa soeur Charlotte (elle aussi paléoclimatologue) et le copain de Charlotte (Rémi, spéléo occasionnel) sont aussi de la partie. Comme nous montons sur trois jours, nous prévoyons de faire aussi quelques prélèvements de prospection pour datations dans le réseau de la Combe au Puaires par le CP7.

Pour la préparation de la sortie, Charlotte, Rémi et Alex se sont chargés de toutes l’intendance, nous mangerons comme des rois !

Mercredi 01 octobre

Je récupère Alex à Edytem à Chambéry en fin d’après midi. A Samoëns, nous nous arrêtons au supermarché pour acheter deux bouteilles de gaz pour le refuge, mais comme nous sommes lourds, nous n’en monterons qu’une seule. Sur le sentier, nous entendons quelques cerfs bramer, mais il n’y en a pas beaucoup.

Jeudi 02 octobre

Lever 8 h. A 10 h, nous sommes sur le chemin de la Combe au Puaires, déjà à l’ombre jusqu’à tard. Au Pas de l’Avoine, nous levons un tétra lyre. Nous arrivons à notre salle à manger devant le CP7, au soleil, à 11 h 30. Nous engloutissons notre repas et descendons sous terre à 12 h 30.

A la base du puits d’entrée, nous trouvons un triton qui se balade sur les cailloux. C’est la première fois que j’en vois un sous terre. Je suppose qu’il a du tomber il y a peu. Dans les désobstructions, il y a peu de courant d’air. C’est dommage parce que ça vas nous géner pour la chasse au courant d’air, mais d’un autre côté, ce sera plus facile de travailler statiquement dans la galerie du Huit !

Au cours de la descente, nous cherchons les spéléothèmes, et tentons d’évaluer ceux qui peuvent être intéressant pour une analyse paléoclimatique. Nous en trouvons un nombre certain… Nous repérons aussi dans la galerie du P18 une belle poche de galets et de sable, dans lequel Charlotte trouve un beau quartz automorphe (0.5 cm de long pour 0.3 cm d’épaisseur). Cela me motive pour échantillonner ce sable et tenter de dater son enfouissement.

Une fois dans la galerie du CP12, nous remontons vers la galerie du Huit. Au sommet de l’E13, nous nous séparons. Charlotte et Rémi tentent une escalade dans la suite du Huit en hauteur (l’avant-dernière cheminée avant la fermeture de la faille), tendis qu’Alex et moi remontons la galerie du Huit pour topographier les départs qui ne l’ont jamais été. Comme nous pensons ne pas y passer beaucoup de temps, nous prenons une perfo et un peu de corde pour attaquer le rééquipement des puits de la base du CP14 qui vont vers le Sirocco. Nous nous donnons 2 h avant de nous retrouver, et de remonter en prenant le temps d’échantillonner.

En bout du Huit, nous commençons par aller au point bas voir le départ sur la coulée calcite blanche que nous avions Vu Steph et moi il y a plus de 10 ans. Notre trace de pas est toujours là. Devant la coulée, nous remarquons un petit départ sous ladite coulée. Nous nous y enfilons, et… ça continue. Bon, ce n’est pas grand, il faut progresser à quatre pattes, mais c’est mignon, c’est propre, il y a de la calcite et des excentriques de partout. Nous essayons de faire de notre mieux, mais nous en cassons quand mêle quelques-uns, surtout ceux qui sont au sol et sur lesquels nous sommes obligé de poser nos genoux… Très rapidement, nous trouvons le nom de cette belle première : la galerie du Fakir… Allez savoir pourquoi !

La galerie remonte un peu et le plafond se relève. Nous sommes de nouveau au pied d’une belle coulée de calcite blanche. Au sommet, il y a deux jolis départs, et il nous semble que la zone est ventilée, mais il faudrait revenir lorsqu’il fait plus chaud dehors pour en être sûr. Comme précédemment, au pied de la coulée, il y a un oeil dans lequel nous pouvons descendre. Nous desescaladons un R3 et retrouvons notre petite conduite forcée. Sous le R3, une petite arrivée d’eau amène un peu d’eau, qui coule vers le nord. Nous descendons la conduite forcée à quatre pattes. Plus nous descendons, plus la boue devient omniprésente… C’est dommage que ce soit aussi gras parce que les formes de la boue sont vraiment magnifiques. Nous passons un point bas en laissant des départs en plafond et continuons. Nous shuntons une voute mouillante par un passage supérieur, puis retrouvons un peu de volume. Malheureusement, nous buttons ensuite sur un colmatage partiel de la galerie par de la glaise. Il n’y a pas vraiment de courant d’air, mais il fait frais tout de même. Le colmatage serait désobstruable. Il faudrait revenir en été vérifier s’il y a du courant d’air ou pas dans ce terminus, si les points bas passent lorsque nous ne sommes pas en étiage.

Content de notre première, nous faisons demi-tour en levant la topographie. VU que l’heure tourne, nous n’avons pas le temps d’aller voir les beaux départs aux sommets des coulées de calcite, ce sera pour une prochaine fois. 2 h 30 plus tard (aie aie aie, nous sommes en retard !), nous finissons la topographie en bouclant sur la galerie du Huit… avec 217 m de topographie dans le téléphone… Ce n’est pas mal !

Nous rejoignons Charlotte et Rémi en bas de leur escalade. En fait, après notre séparation, ils ont parcouru la galerie borgne terminant le Huit, et ont décidé d’escalader l’avant dernière cheminée. Charlotte se lance dans l’escalade, et arrive 25 m plus haut au départ d’une petite galerie, très étroite, et sans courant d’air notable. il faudrait utiliser des moyens détonnants pour continuer, ça n’en vaut pas la chandelle. Du coup, ils topographient et déséquipent leur escalade. Ca fait un point d’interrogation en moins !

Après discussions, nous remontons dans la galerie du huit pour effectuer quelques prélèvements de concrétions. Nous carottons deux stalagmites, et échantillons un plancher de calcite pour datations. Pendant ce temps, Charlotte et moi topographions une petite galerie qui avait déjà était vue, mais non topographiée. Ce n’est pas long, mais c’est superbe, il y a plein d’excentriques pluridécimétriques très blanc ! (et il n’y a pas de porte blindée pour aller les voir !)

Ensuite, nous revenons sur nos pas et laissons à la base de la galerie du P18 tout le matériel qui peut rester sous terre (C15, C50, C54, 1 rataille, une vingtaine de plaquettes + goujons + maillons, une vingtaine de dyneemas, un marteau, un étrier). Nous remontons en échantillonnant encore quelques concrétions, ainsi que le sable que nous avions repéré à la descente. Lors de la montée, je suis surpris, le courant d’air me parait plus important que lorsque nous sommes entrés, alors que dehors, il fait bien plus froid (ça gèle). Le CP7 serait-il une entrée intermédiaire du réseau ? Nous retrouvons tous les étoiles à 22 h. TPST : 9 h 30.

Nous retrouvons le refuge à 23 h 30, bien fourbus et nous couchons à 2 h

Vendredi 3 octobre

Aie, le réveil à 8 h 30 pique un peu… Mais la journée s’annonce un peu plus cool celle de la veille. Le temps de prendre le petit dèj, repréparer le matos, remettre les sacs sur le dos, nous rhabiller, nous entrons dans le V4 à 11 h 30. Cette fois-ci, direction la galerie qui descend vers le puits des Savoyards. Dans le sacs, cette fois-ci, nous avons une meuleuse… Ca change !

Alex et Rémi se charge de prélever une coupe complète de la coulée de calcite grâce à la meuleuse. Pendant ce temps, Charlotte et moi cherchons des concrétions décalées, et visitons jusqu’au puits des Savoyards. Nous ressortons, Alex et Rémi par le V4, Charlotte et moi par le V4bis (ça a encore sacrément fondu…) vers 14 h.

Nous mangeons dehors, et redescendons au refuge. Nous rangeons, j’hiverne les toilettes et l’évier de la cuisine, et à 15 h 30, nous fermons la porte du refuge. Sur le chemin de descente, nous trouvons quelques chanterelles d’automne. Nous nous séparons sur Chambéry après une bonne entrecôte !

Bilan

Ca a été une mission plus qu’efficace : nous avons prélevé ce que nous voulions prélever, nous avons trouvé du sable pour lequel il sera probablement possible d’estimer son âge d’enfouissement, et nous avons fait un peu de topographie et de première.

Je ne m’attendais pas à faire autant de première facile dans la galerie du Huit, comme quoi tout est possible ! Au total nous revenons avec 302 m de topographie (dont 262 m de première), un point d’interrogation de levé, et quelques-uns de rajoutés… Le réseau passe à plus de 11 km de développement. La galerie du Fakir est intéressante parce qu’elle part plein nord. Ce n’est pas grand, mais c’est un aval. il faudrait vérifier s’il y a du courant d’air ou non au terminus lorsque les courants d’airs sont forts dans le réseau, pour savoir s’il faut tenter une désobstruction au terminus ou non. Je suspecte que les points bas se remplissent plus ou moins d’eau lorsque nous ne sommes pas à l’étiage, il faut peut-être s’en méfier si nous y retournons. Dan ce réseau, nous avons laissés 3 beaux points d’interrogation, au sommet des coulées de calcite. Au sommet de la première, je ne garantie pas qu’il y a un départ, nous ne sommes pas allés vérifier par manque de temps, mais la morphologie du plafond et la coulée donnent à penser qu’il peut y avoir quelque chose d’intéressant. Au sommet de la seconde, il y a deux départs. Peut-être qu’il se rejoignent, il faudra vérifier. Ca a l’air de donner sur une galerie de 1.5 m de diamètre environ. La aussi, il faudra venir un jour d’été chaud, nous avions une impression de courant d’air, mais c’était trop faible pour le volume de la galerie pour vraiment en être sûr.

Enfin, au début de la galerie du Huit, côté E13, nous passons à proximité d’un beau puits remontant de 30 à 40 m. J’ai eu l’impression que le débit du courant d’air était plus faible à l’aval qu’à l’amont de ce puits, ce qui me fait dire qu’une partie du courant d’air du Huit y part. Ca en fait un bel objectif (et franchement, c’est une superbe escalade !).

TPST : 9 h 30 et 2 h 30

Participants à l'activité

Xavier RXavier R.

Galerie photo

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