Grotte du Burlandier

le 31/01/2026 | Le Poizat-Lalleyriat (01 - Ain) | France

La grotte du Burlandier, dans l’Ain, ne se visite qu’avec une autorisation et une clé. Elle m’a été conseillée par Fred Gennerat ; Bernard Lips me confirme qu’elle abrite « les plus belles concrétions du Jura ».
Après avoir récupéré les clés à Oyonnax, nous voilà six à être légalement autorisés à nous garer de travers sur une route forestière, au-delà de Nantua. L’entrée se trouve quelques mètres plus bas : une étroite percée dans le karst, au milieu des troncs couverts de mousse, à peine au-dessus de l’autoroute A40.

La grotte du Burlandier est creusée dans le massif du Jura, bien plus ancien que notre habituel Vercors. Le calcaire sédimentaire de cette zone s’est formé alors que la région était submergée par la Téthys, un ancien océan qui bordait l’Europe il y a plus de 200 millions d’années. Le Vercors, lui, s’est constitué quelques dizaines de millions d’années plus tard, alors qu’il ne restait plus que des bassins résiduels de la Téthys.
Jura et Vercors ont cependant été structurés lors des mêmes phases tectoniques et climatiques (de l’Oligocène au Quaternaire, il y a entre 30 et 5 millions d’années). La karstification, commencée au même moment, est toujours active à ce jour.

Pas de puits au programme pour cette sortie : nous sommes en combinaison, sans baudrier. Rapidement, nous tombons sur une trappe rouillée de 30 × 30 cm. Il faut passer la main gauche dans un orifice, tâtonner pour ouvrir le cadenas, puis le loquet.
S’ensuivent 90 mètres de reptation horizontale dans un boyau accidenté. Ce n’est pas extrêmement étroit, mais les flaques de boue sont inévitables. Nous débouchons enfin sur les premières salles, et nos yeux s’illuminent : des fistuleuses, accrochées au plafond, étincellent sous nos lampes.
Nous pensons avoir vu l’essentiel, mais chaque pas en avant révèle des salles plus belles les unes que les autres : gours remplis d’eau limpide, cascades de calcite, formes minérales tourmentées, stalactites et stalagmites qui se rejoignent, et surtout des plafonds d’incroyables fistuleuses aux reflets argentés. Blasé, Léo déclare : « Elles font vraiment le concours de la plus grande. »
Les plus jeunes du groupe chantent à tue-tête (j’emploie le mot « chanter » par charité), se photographient dans des poses improbables. Ambre a apporté des éclairages multicolores : soudain, les fistuleuses ressemblent à des boules à facettes. Bref, les Vulcains sont au sommet de leur art.
Un rapide pique-nique, puis, au fond d’une salle, nous dénichons un passage exigu menant à un petit lac. Il n’y a d’autre choix que de ramper en s’y immergeant. La jeunesse est un peu refroidie, mais tout le monde passe. De salle superbe en salle grandiose, nous aboutissons au siphon terminal, qui communique avec la grotte de Burlandier 2.
Le chemin du retour est rapide : depuis le fond, il ne nous faut qu’une vingtaine de minutes pour retrouver l’air libre.

Un petit point sur les fistuleuses, joyaux de la grotte:
Les fistuleuses sont des concrétions fines et tubulaires, souvent translucides. Elles naissent d’une goutte d’eau qui s’écoule le long d’un fin canal central, généralement un tube capillaire formé par un cheveu, une fibre végétale ou un cristal.
L’eau de pluie, chargée en CO₂ (notamment lors de son passage dans l’humus), traverse le karst. Son acidité lui permet de dissoudre les minéraux, en particulier le calcium (Ca²⁺) : c’est le processus de base de la formation des concrétions. Dans le cas des fistuleuses, l’eau, chargée en minéraux, s’infiltre à travers un canal étroit. Lorsqu’une goutte se détache, son accélération provoque un dégazage du CO₂, ce qui déséquilibre l’équation de la calcite (CaCO₃) et favorise la précipitation, allongeant ainsi la fistuleuse.
Leur croissance est lente : de 0,01 à 1 mm par an. Celles de Burlandier ont probablement entre quelques siècles et quelques milliers d’années. Leur formation exige des conditions précises :

un débit d’eau très régulier et lent (trop d’eau favorise les stalactites classiques ; pas assez, la croissance s’arrête) ;
un canal central ouvert (sinon, la fistuleuse se bouche et devient une stalactite pleine) ;
un environnement stable, car vibrations ou courants d’air peuvent les briser.

La découverte de la grotte vaut d’être racontée: en 1978, des spéléologues prospectent dans la zone. Parmi eux, Joëlle Locatelli sent un courant d’air s’échapper d’un trou d’où s’écoule une modeste source. Avec ténacité, elle désobstrue l’entrée pendant que ses compagnons bronzent. Après avoir rampé dans un boyau de plus de 80 mètres, elle les appelle : ensemble, ils découvrent les salles richement concrétionnées.
Émerveillés, ils font appel à Christian Locatelli, mari de Joëlle, qui réalisait alors la topographie du réseau de la Serra, tout proche. Plongeur, il explore les siphons à la recherche d’une jonction entre Burlandier et Serra. Ce lien n’a toujours pas été établi — avis aux amateurs.
En 1980, le projet d’autoroute vers Genève menace la cavité. Christian Locatelli prépare un dossier complet pour le géologue du Centre d’études techniques de l’Équipement, chargé de l’étude d’impact. Une lettre est aussi envoyée par Michel Décobert, président de la Fédération française de spéléologie, à la société Scetauroute, maître d’œuvre des travaux. Celle-ci décide de déplacer les voies vers l’aval pour préserver l’entrée. Grâce aux 3 % du budget réservés à la protection des monuments sur le tronçon Pont-d’Ain–Châtillon-de-Michaille, la Société des Grands Travaux de Marseille réalise un passage sous la grotte, sans endommager les concrétions.
C’est grâce à ces démarches que nous pouvons encore admirer ces merveilles.

Aujourd’hui, la grotte du Burlandier, avec ses 1 240 mètres de développement, est visitée par une quinzaine de groupes comme le nôtre chaque année.

TPST: 4,5 h

Participants à l'activité

Frédéric AFrédéric A.
Ambre LAmbre L.
Louison MLouison M.

Galerie photo

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *