En ce bas monde les grottes sont riches en concrétions de toutes formes qui font le régal des spéléologues. L’eau de pluie se charge en gaz carbonique dans l’humus, puis en percolant dans les fissures du karst en dissout le calcaire sous forme de bicarbonate de calcium et enfin le restitue sous forme de carbonate de calcium en débouchant dans les cavités. Parfois ce carbonate cristallise, le plus souvent sous forme de calcite. Mais dans des conditions particulières il peut cristalliser sous forme d’Aragonite, dont les cristaux ont une forme d’aiguilles ou de prismes allongés.
Différents facteurs peuvent orienter la cristallisation dans le sens de l’aragonite; c’est le cas notamment dans le calcaire dolomitique (chargé en magnésium). La présence d’autres métaux dans la roche peut donner à l’aragonite des couleurs particulières.
A Mont Marcou dans l’Hérault une série de phénomènes particuliers a aboutit à des concrétions remarquables. Des roches dolomitiques sont appuyées sur des schistes riches en pyrite nickélifère. Les compressions tectoniques ont créé entre les 2 une faille, permettant la formation de vastes cavités, découvertes en 1930 par Robert de Joly. Au fil des explorations, outre des puits gigantesques, des spéléologues débouchent époustouflés dans une salle pleine d’aragonites teintées en vert par les ions nickel présents dans les schistes. Il n’existe au monde qu’un seul autre exemple connu d’aragonites vertes, en Afrique du Sud, mais celles de Mont Marcou sont beaucoup plus abondantes, diverses, splendides.
Une association de spéléologues se monte et obtient le classement et la fermeture par une grille de cette salle, pour éviter leur dégradation. Des clubs de spéléologie sont autorisés sous condition à y entrer quelques rares fois par an, il faut faire une demande, l’attente est de 2 ans…
J’ai fait la demande il y a 2 ans et début juin ça y est, les Vulcains peuvent enfin descendre admirer ce trésor..
Quelques jours avant je reçois une mauvais nouvelle: un éboulement a eu lieu juste en aval de la salle des Vertes; celle-ci reste accessible mais nous ne pourrons aller au puits du Grand Cèdre (P149).. Tant pis, ce sera pour une autre fois.
Après une nuit sous tente les 12 Vulcains se retrouvent sur une vaste prairie près du sommet du Mont Marcou, un massif perdu dans le Languedoc. Cathy, notre guide locale en chef, nous accueille et nous présente une ribambelle de spéléos membres de l’association: il y a Angélique et une brochette de chevelures blanches: Jean-Louis, Jean Luc, Rémi… Tous éminemment sympathiques, accueillants, passionnés, riches de connaissances qu’ils nous communiquent avec chaleur.
Répartis en 2 groupe de 6, nous traversons la forêt parmi les Lys Martagon et les Orchis Pyramidaux jusqu’à l’entrée de l’aven. Eric, un jeune breton, nous a rejoint. Il m’avait contacté pour faire le Grand Cèdre avec nous. Déçu que celui-ci soit fermé il est quand même venu reconnaître les lieux et pour la peine se dispose à aider les anciens à désobstruer le conduit récemment effondré. Ému d’une tendre pitié Jean-Luc prend la décision exceptionnelle de lui permettre d’aller dans les Vertes avec nous. C’est ce qu’en langage technique on appelle avoir le cul bordé de nouilles.
Nous équipons puis descendons une succession de petits puits. On distingue bien d’un coté la dolomite et de l’autre les éboulis de schistes soudés par de la calcite. P18, P29.. Nous parvenons à la « salle à manger » et quittons la faille principale pour un conduit jusqu’au dernier P19. En bas une tente a été montée en fixe. On quitte nos combinaisons, nettoie nos bottes, et attend patiemment chacun son tour dans cet abri pourvu de chaises et de café…
Nous entrons 2 par 2, avec un ou une accompagnateur(trice) dans la salle des Vertes, en haut d’une échelle en acier.
La salle est petite: 4 ou 5 mètres de hauteur sur 2 ou 3 de large. Elle est littéralement couverte d’aragonite: des excentriques tarabiscotées, d’épaisses fistuleuses, de vagues draperies comme couvertes de mousse, du blanc et beaucoup de vert; un étrange paysage où l’œil divague sans pouvoir se fixer. J’ai apporte le microscope de la commission scientifique (dérobé aux Lips..) avec son socle et son trépied et avec l’aide de Léo (qui est parvenu à faire 2 visites pour le prix d’une…) prend quelques photos agrandies par 50 et même 100, mais c’est moins spectaculaire qu’espéré: la mise au point ne se faisant que sur une fine tranche on profite mal du relief.
Sur le retour, comme d’autres avant nous, je me faufile avec Eric le breton derrière un roc effondré pour aller quand même voir la salle de Joly puis le méandre qui mène au puits du Grand cèdre. Dans cette zone comme partout dans la grotte des pluies anciennes ont charrié des brindilles; des filaments de mycélium s’en échappent et cherchent en vain à se nourrir sur les éboulis de schiste bleu. Dans une salle mais aussi sur certaines parois on remarque de magnifiques blocs de quartz et même quelques géodes.
Finalement il faut bien revenir: après moult remerciements à nos hôtes nous rentrons et dînons au restaurant du camping, réfléchissant déjà à la sortie du lendemain dans le réseau des Roses.
Lors de cette sortie, outre d’habituels Vulcains tous plus appréciables les uns que les autres, Julie, une (jeune) ancienne du club aimable et souriante qui vit désormais à Clermont-Ferrand nous avait rejoint le matin. Elle repart le soir même en nous promettant (contrainte et forcée) qu’elle nous invitera à l’occasion à visiter un trou dans le massif central: un lac souterrain derrière un puits creusé dans la lave volcanique durcie (basalte).
Participants à l'activité
Frédéric A.
Julie C.
Ambre L.
Louison M.











